J’ai commenté l’actualité de l’élection présidentielle française pour Bloomberg Tv

J’ai eu le plaisir d’intervenir dans l’émission Boom&Bust sur Bloomberg TV au sujet des propositions économiques des différents candidats à l’élection présidentielle en France. J’ai expliqué que malheureusement la campagne avait dévié complètement du débat sur les programmes et que je trouvais cela dommage. J’ai ensuite expliqué que le programme de François Fillon était perçu comme étant trop brutal et que ses chances de succès pour appliquer ce programme, même s’il était élu, étaient à mon avis très faibles car il ne disposait pas d’un capital politique. A l’inverse, le programme d’Emmanuel Macron qui propose des changements moins radicaux pourrait ramener le pays en douceur sur le chemin de la croissance.

Vous pouvez regarder l’interview ici

Salon de l’outil ancien à Brignoles

Brignoles accueille la 19ème édition du salon de l’outil ancien organisé par le Lions club. Une rencontre étonnante avec les objets d’antan, dans une ambiance chaleureuse grâce à mes amis membres du Lions et au président Pierre Massiot. salon_outil

Puisque le peuple « vote mal », faut-il lui retirer ses droits ?

La démocratie est-elle toujours le pire système à l’exception de tous les autres ?

Article publié par Contrepoints le 14 novembre 2016

Il existe très peu de valeurs universelles, tout compte fait, pour lesquelles tout le monde s’accorde à dire qu’il serait dommage de s’en priver. Une de ces valeurs est la vie. Une autre – la liberté. Je laisse le soin de protéger la vie aux médecins, mais je m’intéresse de près à la liberté et aux systèmes politiques qui peuvent la préserver.

La liberté consiste surtout à ne pas laisser quelqu’un d’autre prendre des décisions à notre place sur des sujets qui nous concernent. Or, la politique, telle qu’on la pratique aujourd’hui en France, consiste précisément à prendre des décisions à la place des autres. Je ne sais pas pour vous, mais moi personnellement j’ai en permanence l’impression que les décisions qui sont prises à ma place ne sont pas très éclairées.

Le refus de la politique ou la stratégie de l’autruche

Il existe aujourd’hui en France beaucoup de personnes qui sont dans la même frustration que moi – on voit cette frustration se manifester au fil des élections et des sondages : de plus en plus de personnes dénoncent le fait que les politiques prennent des décisions sans tenir compte de leur avis.

Les raisons de cette situation sont multiples, mais disons qu’il y a d’abord un phénomène de fossilisation de la classe politique qui est au fond un problème moral. La république est devenue une monarchie qui ne dit plus son nom, avec ses dynasties et ses baronnies, qui se sont installées au fil des années et qui vivent aux grands frais et aux yeux des électeurs écœurés. Et non seulement les français se rendent bien compte de tout cela, mais ils réalisent aussi qu’en contrepartie ils n’ont rien – que cette classe politique prend très souvent des décisions qui vont à l’encontre de leurs intérêts.

La déception est telle que la participation aux élections est souvent très loin de la limite symbolique des 50% des personnes en âge de voter ou même 50% des inscrits sur les listes. Le président actuel par exemple a été élu avec moins de 40% des inscrits, ce qui représente moins de 27% des français. Quelle légitimité pourrait-on asseoir avec un tel score ?

Devant la menace croissante des votes extrêmes, les partis en place font leur mea culpa à chaque échéance électorale, en promettant que cette fois-ci c’est différent, les pratiques vont réellement changer.

La suite on la connaît tous, je ne vais pas perdre du temps à détailler les exemples abondants où l’échéance électorale passée, rien ne change.

La réaction de l’électeur, qui est un peu une réaction de l’autruche – j’occulte le problème et il n’existe plus – est donc parfaitement rationnelle dans le sens où pour se faire entendre dans un tel système, il faut déployer une énergie considérable et y consacrer beaucoup de son temps. On préfère alors se détourner de la politique, refuser de donner son consentement. De nombreux français vont même au-delà et votent « avec les pieds » – on voit de plus en plus de jeunes par exemple émigrer, ce qui en France est clairement un phénomène nouveau.

Il existe donc une vraie crise de confiance vis à vis du monde politique et une très forte demande de « faire différemment ».

Peut-on pour autant rejeter complètement la politique ?

Nombreux sont celles et ceux qui se réfugient derrière le rejet total de ce système et refusent de le cautionner en allant voter.  Au-delà du choix personnel de chacun, la politique est néanmoins inévitable, si on la conçoit au sens de l’organisation du pouvoir dans la cité et, par extrapolation, dans l’Etat.

Aristote disait que « l’homme est un animal politique » – la nature humaine est telle que nous avons besoin les uns des autres, nous avons besoin de vivre en communauté, plus ou moins large, et ce besoin nécessite la prise de certaines décisions en commun. Donc le problème politique ne se poserait pas si on vivait chacun sur notre planète, mais je pense qu’une telle vision est utopique.

La question qui se pose ce n’est donc pas s’il est nécessaire d’avoir un pouvoir politique, mais quel est le système politique qui préserverait le plus notre liberté de choix et dans lequel nous pouvons nous exprimer et être consultés sur toutes les questions qui nous concernent en tant que membre de la communauté.

La réponse qui fait un quasi-consensus aujourd’hui c’est, sans surprise, la démocratie qui, comme disait Churchill, est le pire système à l’exception de tous les autres.

La démocratie participative – une lumière dans le tunnel ?

Mais si aujourd’hui notre système politique est en crise, nombreux sont ceux qui pensent que c’est en grande partie parce que nous nous sommes éloignés du système de démocratie participative qui était aux origines de la démocratie dans la Grèce Antique, pour s’enfermer dans un système de démocratie représentative où finalement les représentants du peuple représentent surtout leurs propres intérêts.

Le modèle de gouvernance politique qui a prédominé historiquement en France est celui d’un pouvoir très concentré et lorsqu’il est devenu démocratique, il a été naturellement incarné par la démocratie représentative.

Pourtant, il ne faut pas conclure très vite que tout élément de démocratie directe est impossible à l’échelle de l’Etat. Certains pays comme la Suisse ont conservé au fil des siècles une certaine dose de démocratie directe, mais toujours dans le cadre d’un régime représentatif. Force est de constater que dans ces pays-là, la crise vis-à-vis du monde politique que nous vivons en France n’existe pas où en tout cas, dans une moindre mesure, ce qui confirme qu’au moins en partie le problème réside bien dans le sentiment des gens de ne pas pouvoir s’exprimer et de ne pas être écoutés.

Déverrouiller l’organisation de référendums populaires est donc une voie qu’il faut clairement exploiter, à condition de s’engager à respecter le résultat qui ressortira des urnes, même s’il n’est pas plaisant (tout le monde se rappelle le référendum du 29 mai 2005 lors duquel le non à la constitution européenne l’avait remporté, ce qui n’a pas empêché la ratification du même projet sous la dénomination Traité de Lisbonne en 2008, sans passer par une nouvelle consultation des français).

Révolution numérique – quand la technologie bouscule les modèles établis

Ce qui risque de vraiment changer la donne et de bousculer le système politique c’est la révolution numérique qui est loin d’être terminée. On peut aujourd’hui imaginer un nouveau mode de gouvernance qui implique de façon beaucoup plus active les citoyens.

Grâce aux nouvelles technologies, on peut maintenant consulter un très grand nombre de citoyens pour qu’ils prennent part au processus démocratique et même l’initier. N’oublions pas que plus de 60% des français disposent aujourd’hui d’un smartphone, autrement dit – sont connectés en permanence.

Ainsi, il existe de nombreuses mairies aux quatre coins du globe qui mettent à la portée de leurs citoyens le processus décisionnel, par exemple au sujet des investissements qui doivent être lancés à travers des budgets dits « participatifs ».

Est-ce qu’on peut vraiment parler d’une révolution qui soit à la hauteur de l’envergure du chamboulement que les nouvelles technologies numériques ont sur nos vies ? Sans doute pas. Cette nouvelle forme de démocratie participative à l’échelle communale, appliquée à des sujets mineurs ou locaux pour donner aux gens le sentiment qu’ils ont encore prise sur quelque chose est sans doute un pas dans la bonne direction, mais cela reste un tout petit pas.

Cela a quand même le mérite de rétablir un lien permanent entre les priorités des citoyens et les choix des élus. Et de réduire par la même occasion les coûts de transaction pour se faire entendre et dans ce sens – réduire le pouvoir des lobbies traditionnels.

La démocratie participative à l’échelle nationale

C’est l’étape au-dessus, et de nombreux pays s’y mettent. Par exemple, depuis peu la constitution finlandaise laisse la possibilité à tout citoyen d’imposer une proposition de loi dans l’agenda parlementaire. Les députés sont obligés d’examiner cette proposition si elle est accompagnée d’une pétition recueillant 50.000 signatures (l’équivalent de 1% de la population finlandaise, donc en France ce seuil serait ramené à 650 000 signatures). Pour faciliter le processus, l’ONG Open Ministry a ouvert un site collaboratif, une plateforme de brainstorming, avec des ateliers en ligne, où les citoyens débattent et se font aider de juristes pour rédiger la pétition. Une forme de co-production législative qui échappe au politique.

La production législative bottom-up – mythe ou réalité ?

En France aussi il y a des choses qui bougent de ce côté-là. Certaines lois, par exemple la loi sur le numérique, a été mise en ligne pendant trois semaines pour une discussion publique, lors de laquelle les internautes pouvaient commenter les articles de loi, les amender etc. A l’issue de cette concertation, un comité interministériel s’est réuni pour décider lesquelles des propositions ainsi récoltées avaient leur place dans la loi finale. Le ministère annonce la participation de plus de 20 000 internautes qui ont déposé plus de 8 000 amendements sur le site republique.numerique.fr. De 30 articles dans le texte initial, la loi est passée à 41 articles dans la version amendée par les internautes.

On voit aussi des sites de pétitions en ligne qui se créent, comme change.org, et qui arrivent à recueillir des centaines de milliers de signatures et avoir un réel impact sur certaines décisions politiques. Le cas très emblématique de la grâce présidentielle accordée à Jacqueline Sauvage, intervient à la suite d’une pétition signée par près de 500 000 internautes. Ou encore le cas de Rob Lawrie, cet homme qui a essayé de faire passer en Angleterre une fillette qui errait dans la jungle de Calais pour qu’elle rejoigne ses parents, dont la cause a réuni plus de 120 000 signatures. Parmi les victoires revendiquées par le site, on compte aussi l’abaissement du taux de TVA sur les protections périodiques féminines et la loi obligeant les supermarchés à distribuer les invendus.

 

Inévitable dictature de la majorité ?

Le pouvoir de l’expression publique sur les supports numériques s’est révélé aussi très puissant dans le cas de la malheureuse loi travail. La pétition lancée sur le site change.org a réuni quelques 1 300 000 signatures en quelques jours. Résultat – le projet de loi a été amendé de façon à le vider presqu’entièrement de sa substance initiale.

Et c’est là qu’on touche à la limite de la démocratie participative qui est une bonne chose sur certains sujets bien cadrés et simples, mais qui n’est pas un remède miracle à l’abus de pouvoir et qui peut très facilement se transformer en dictature de la foule.

Pouvons-nous par exemple affirmer que la loi El Khomri est une mauvaise loi puisque 1 300 000 internautes semblent le penser ? On se heurte ici au principal défaut de la démocratie, qu’elle soit participative ou représentative – appliquée à des sujets qui dépassent la sphère régalienne, celle-ci se transforme rapidement en dictature de la majorité.

Pour illustrer ce point, poussons la logique de la décision majoritaire à l’extrême avec l’exemple des deux aveugles qui votent pour avoir chacun un œil de leur ami voyant. C’est une décision démocratique, prise à majorité absolue et tenant compte de l’expression directe de l’avis des intéressés, mais elle n’est pas légitime pour autant.

L’histoire ne manque pas d’exemples guère moins extrêmes – je pense à l’apartheid en Afrique du Sud ou à l’esclavage qui étaient des décisions avec lesquelles une majorité des citoyens était d’accord. A l’échelle de nos démocraties occidentales, les dérives se manifesteront surtout à un niveau matériel – pensez par exemple au fait que plus de 50% des français ne payent pas d’impôts directs. Un vote démocratique, même s’il se faisait « à la source », directement auprès des français, serait inévitablement en faveur d’une forte taxation des revenus et du patrimoine, sans que cela soit justifié autrement que par les préférences de la majorité.

Les résultats très controversés de certains référendums d’ailleurs le démontrent – le Brexit ou l’élection de Donald Trump laissent un goût amer chez une bonne partie de la population qui se sent prise au piège de personnes mal informées sur les sujets en jeu. Faut-il alors « dissoudre le peuple », selon la célèbre formule de Bertolt Brecht, puisqu’il ne vote pas de façon conforme aux attentes des élites?

On s’aperçoit, en fin de compte, que la démocratie directe résout le problème des mauvais choix faits par la classe politique, mais pose un problème tout aussi important qui est celui des mauvais choix faits par des électeurs ignorants ou mal informés. Les médias n’ont cessé de le suggérer de façon plus ou moins inélégante – les personnes qui ont voté pour le Brexit en Grande Bretagne et les personnes qui ont voté pour Donald Trump aux Etats-Unis avaient un niveau d’éducation pas très élevé : sous-entendu – ne comprenaient pas du tout les enjeux du vote.

Cela n’aurait pas beaucoup d’importance s’ils ne prenaient pas des décisions qui ont un impact sur tout le monde. Mais le fait est que les décisions qui sont aujourd’hui prises collectivement vont bien au-delà du raisonnable et de fait ces personnes se retrouvent avec un pouvoir inouï pour décider des choses qui auront un grand impact sur la vie professionnelle et personnelle de chacun d’entre nous. Et très franchement, entre une mauvaise décision qui m’est imposée par un homme politique et une mauvaise décision qui m’est imposée par l’électeur lambda, je ne vois pas la différence et le fait de savoir qu’ils ont été nombreux à voter pour cette mauvaise décision ne me console guère.

Ainsi, même si la technologie nous permet de consulter les citoyens au sujet de n’importe quelle décision, en l’état actuel des choses – c’est-à-dire un système de pouvoir politique qui dépasse largement la sphère régalienne et empiète allégrement sur les sphères économique et privée, cette voie me parait assez dangereuse car elle aboutirait à légitimer n’importe quelle règle liberticide au prétexte qu’une majorité de citoyens ait voté pour, ou bien, au contraire, à rejeter n’importe quelle réforme, car une majorité s’y oppose (je pense ici au paradoxe de Condorcet qui démontre qu’on peut avoir des situations où chaque projet proposé puisse réunir une majorité de votes qui lui sont opposés).

Ne nous méprenons pas, le vrai combat pour défendre la liberté individuelle c’est celui de la limitation du pouvoir collectif, peu importe s’il s’exprime à travers une monarchie, une démocratie représentative, ou une démocratie directe. C’est la seule garantie contre les abus de pouvoir et le seul salut pour ceux qui aspirent à une société libre.

Régions financées par la TVA : pas forcément une bonne nouvelle

article publié par Contrepoints le 4 octobre 2016

Le financement par la TVA des régions constitue-t-il une étape dans l’approfondissement de la décentralisation et l’autonomie régionale ? Pas si simple…

La visite de Manuel Valls au congrès annuel de l’association des régions de France n’a pas été une simple visite de courtoisie. Le Premier ministre s’est réservé le plaisir d’annoncer en grande pompe (battement de tambour et suspense insoutenable)… le remplacement de la dotation de fonctionnement versée par l’État par une fraction de la TVA, annonce qui a été accueillie avec enthousiasme est considérée par les principaux concernés comme « une reconnaissance de la place des régions ». Qu’en est-il réellement ?

Replaçons d’abord les choses dans leur contexte – cette annonce est le dénouement du bras de fer entre le gouvernement et les régions au sujet du projet d’une taxe foncière supplémentaire au profit de ces dernières. Dénoncée par les présidents de régions de droite, cette taxe supplémentaire aurait effectivement été un fardeau fiscal supplémentaire dont les Français n’avaient pas besoin. Le remplacement de la DGF (dotation globale de fonctionnement) par une fraction de la TVA apparaît en revanche comme étant une opération neutre pour le contribuable, puisqu’il s’agit simplement de ré-allouer une ressource fiscale.

Pouvons-nous parler pour autant d’une « étape historique de la décentralisation », comme le prétend modestement le Premier ministre ? Permettez-moi d’en douter.

Quelles sont les vertus de l’autonomie financière des régions ?

D’un point de vue financier, la décentralisation ne peut être effective, et je dirais même bénéfique, que si les collectivités disposent d’une autonomie réelle sur leurs dépenses et leurs recettes. Le manque d’autonomie financière est un des principaux problèmes de la décentralisation « à la française » qui est dénoncée régulièrement par les spécialistes (voir par exemple l’excellent ouvrage de Gérard Bramoullé Finances & libertés locales. Pourquoi l’explosion des impôts locaux ?).

L’autonomie financière permet de responsabiliser les décideurs locaux, mais également de montrer aux électeurs la qualité de gestion de ces derniers. En France, cette autonomie est parfaitement illusoire, puisque d’une part les charges des collectivités sont grandement impactées par des décisions prises au niveau de l’État – par exemple les augmentations du RSA qui plombent les budgets des départements, la réforme des rythmes scolaires qui pèse sur les communes ou la revalorisation des salaires des fonctionnaires qui augmentent les charges pour toutes les collectivités.

D’autre part, les collectivités territoriales en France dépendent, certes à des degrés différents, de dotations d’État, ce qui les expose à la merci des aléas budgétaires de l’État et les prive d’une visibilité à moyen et long terme. Les régions sont particulièrement exposées de ce côté-là, n’ayant pas d’autre ressource fiscale que les cartes grises, dont elles peuvent fixer le tarif, depuis la réforme de la TP de Nicolas Sarkozy.

Les régions possèdent-elles des ressources propres ?

Privées des produits des taxes foncières depuis 2010, les régions se financent essentiellement par les dotations de l’État et par une part de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), une fraction du produit de la taxe sur les produits pétroliers (TICPE), les taxes sur les cartes grises et les taxes d’apprentissage. À ces ressources s’ajoutera donc dès 2018 un pourcentage de la recette de la TVA, fixé de façon à remplacer les 3.85 Mds € de dotations et dont le montant évoluera à l’avenir avec la dynamique de la consommation des Français.

La bonne nouvelle pour les régions est qu’effectivement elles ne seront plus assujetties aux aléas budgétaires de l’État et ne seront a priori pas concernées par des futures baisses des dotations.

En revanche, c’est à peu près le seul avantage de cette solution.

Tout d’abord, parce que les régions ne possèdent aucun pouvoir décisionnel sur le taux ou l’assiette de la TVA, ce qui en fait une ressource propre qu’en réalité elles ne contrôlent pas, tout comme la CVAE, la TICPE ou les taxes d’apprentissage.

Il n’existe de surcroît aucun lien entre l’action de la région et l’assiette de cette taxe ! Contrairement à la CVAE par exemple, dont la base dépend de l’activité des entreprises sur le territoire régional pouvant être influencée par l’action de la région en tant que collectivité responsable du développement économique. Cela nous ferait presque regretter la taxe professionnelle, qui avait au moins le mérite de laisser une liberté de taux aux collectivités et dont le montant était étroitement corrélé avec les efforts d’attractivité réalisés par les différents territoires.

C’est donc une victoire au goût de défaite pour les régions, qui leur permet de limiter un peu la mainmise de l’État sur leurs budgets, mais rien de révolutionnaire et encore moins une « étape historique de la décentralisation ». Tout au plus un subterfuge visant à ménager quelques susceptibilités et ne pas trop irriter l’électorat avant les élections.

J’ai été l’invitée de l’émission Boom&Bust sur Bloomberg TV

J’ai eu le plaisir de discuter d’harmonisation fiscale et sociale au sein de l’Union Européenne avec Kuzman Iliev et Vladimir Sirkarov, les journalistes économiques de l’émission Boom&Bust de Bloomberg TV Bulgaria. J’ai expliqué que j’étais plutôt sceptique quant à la faisabilité d’une harmonisation de la fiscalité et des cotisations, du moins sur le court terme, en raison des divergences de taux qui sont très importantes.

Même des scénarios de compromis pour converger vers un taux d’imposition moyen ne seraient satisfaisant ni pour les pays comme la Bulgarie qui ont une fiscalité peu élevée (10% d’impôt sur les sociétés) car cela étoufferait leurs économies, ni pour les pays comme la France avec une fiscalité élevée (33.33% d’impôt sur les sociétés) qui perdraient du moins sur le court terme des recettes fiscales, ce qui remettrait en cause leur politique de redistribution et renforcerait encore plus les thèses eurosceptiques.La solution qui consisterait de passer par une longue période de convergence n’apporte pas de solution rapide à la perte de légitimité de l’UE et dans ce sens ne représente pas une alternative intéressante. De même, la création d’une Europe à deux vitesses avec une harmonisation fiscale et sociale entre quelques uns seulement des états-membres ne résous en rien le problème de la concurrence fiscale ou du dumping social, si les mouvements des facteurs de production restent libres avec les autres pays-membres (et s’ils ne le sont plus, cela serait synonyme d’une fin du marché commun et de l’Europe des 28).

J’ai également émis des doutes sur le bienfondé d’une telle harmonisation, en expliquant qu’un monopole fiscal et social  sera sans doute synonyme de plus charges et plus d’impôts, de la même façon que sur les marchés le monopole est synonyme de prix plus élevés. Plutôt qu’un phénomène dommageable, la concurrence fiscale est la garantie d’une maîtrise de la pression politique pour toujours plus d’impôts et toujours plus de dépenses publiques.

Quant au dumping social, j’ai expliqué qu’il ne s’agit pas de dumping dans le sens économique du terme, car les travailleurs détachés ne sont pas rémunérés à un prix inférieur à celui qui prévaut dans leur pays et ne cotisent pas moins que dans leur pays d’origine. Il s’agit en réalité du même phénomène que celui qui fait qu’un textile produit en Espagne ou au Portugal coûte moins cher que celui produit en France – les coûts du travail et les cotisations sociales dans ces pays sont moins élevés . Il est alors surprenant que cette concurrence soit acceptée dans les domaines de l’industrie et du commerce mais refusée dès lors qu’elle concerne les services.

Ici aussi des différences très importantes entre les cotisations des différents pays sont observées – elles sont par exemple 50% plus élevées en France ou au Danemark qu’en Bulgarie, en Irlande ou en Pologne. Il semble alors politiquement difficile d’obtenir un accord sur ces sujets, d’autant plus que le modèle Français peine à convaincre les autres partenaires européens quant à sa viabilité et ses performances. Par conséquent, je crois qu’il serait plus productif de concentrer les efforts sur les réformes structurelles nécessaires pour alléger les charges en France, plutôt que d’essayer d’exporter notre modèle.

Vous pouvez visionner l’interview ici

 

Intervention sur Bloomberg.tv à propos de l’économie française

J’ai eu le plaisir d’intervenir dans l’émission Boom&Bust sur Bloomberg TV sur la situation économique de la France, la loi travail et l’impact du Brexit. J’ai donné mon point de vue sur la situation du marché du travail qui souffre d’une rigidité extrême, à l’origine du chômage de masse qui caractérise l’économie française depuis plusieurs années. J’ai expliqué aussi que les protestations contre la loi travail qui vise à assouplir un peu les règles sont nourries par les craintes de la perte des « acquis sociaux ».

Un autre sujet abordé au lendemain du Brexit a été l’impact estimé de cette décision des britanniques sur la France. J’ai exprimé mon sentiment que la sortie de la Grande Bretagne de l’Europe est le résultat du clash de deux visions différentes de l’UE. La première, celle des français plus particulièrement, exige toujours plus d’harmonisation des normes et de la fiscalité. La seconde, celle qui était défendue par les britanniques mais aussi par les pays de l’Europe centrale et de l’Est, est celle d’une Europe où chaque pays garde le maximum de souveraineté mais on préserve l’espace économique commun où les moyens de production circulent librement. Le choix des anglais affaiblit cette deuxième conception de l’Europe et risque d’accentuer les pressions pour plus d’harmonisation et moins de souveraineté.

Vous pouvez écouter toute l’interview ici (à partir de la 20ème minute).

Qu’est-ce que la France aurait à perdre en cas de Brexit?

J’ai eu le plaisir d’être interrogée par la télévision bulgare sur l’opinion publique en France concernant le Brexit et ce que la France aurait à craindre si d’aventure le « out » l’emportait.

Selon les dernières enquêtes, seulement 41% des français souhaitent que le Royaume-Uni reste dans l’Union Européenne, alors que ce pourcentage remonte à 54% pour les autres européens. Cette attitude très négative des français s’explique par le fait qu’une importante partie de la population est eurosceptique et ces humeurs sont nourries en permanence par les partis extrémistes aussi bien de gauche que de droite. Une autre explication est à rechercher dans l’opinion largement répandue qui consiste à critiquer les britanniques les accusant de mener une politique d’Europe « à la carte » qui remonte à Margareth Thathcher et qui énerve beaucoup les français.  Beaucoup de français considèrent qu’il faut soit jouer le jeu de l’harmonisation et du fédéralisme, soit quitter le navire ouvertement. Autrement dit, ce sont deux conceptions différentes de l’Union Européenne qui se confrontent ici – celle de l’union économique accompagnée d’une souveraineté nationale sur les autres sujets, et celle de l’intégration poussée et le fédéralisme.

En ce qui concerne l’impact d’une sortie de la Grande Bretagne sur la France, les estimations du FMI indiquent une perte potentielle de croissance de l’ordre de 0.2 à 0.4 points de croissance, ce qui pour un pays en quasi-récession est beaucoup. Je ne crois pas que la France ni d’ailleurs les autres pays européens abandonneraient le libre échange avec la Grande Bretagne, car ils auraient tout à perdre en adoptant une telle politique, bien que cela puisse prendre du temps de renégocier des traités bilatéraux et il y aurait un risque de flottement le temps que tout cela se mette en place. En revanche, je crois que le risque est plutôt politique, avec l’effet domino qui peut pousser d’autres pays eurosceptiques à organiser des referendums similaires. Cela pourrait impacter négativement la confiance des investisseurs et les marchés financiers, ce qui serait clairement négatif pour la France, qui est d’autant plus fragilisée que ses finances publiques et sa dette sont préoccupantes.

Intervention en direct sur BItélévision

Peut-on encore mettre son enfant en crèche ?

shutterstock_123166408Article paru dans Les Echos le 25/03/2016

Créer des places supplémentaires en crèches : voici la solution proposée par François Hollande pour palier l’écrasante demande en la matière. Les véritables questions ne sont pourtant pas là, mais sur le fonctionnement même de ces infrastructures. Lire la suite…